Montée des eaux : « Il ne s'agit pas de quitter le territoire »
Valérie Nouvel, vice-présidente du Département de la Manche, appelle à transformer l'angoisse de la montée des eaux en démarche collective. Habiter le territoire demain plutôt que le quitter : une exigence qui suppose de travailler le littoral et son arrière-pays ensemble. Interview vidéo.
Dans la Manche, la montée des eaux n'est plus une projection
« La mer monte, tout le monde en parle, et dans la Manche, c'est déjà une réalité. »
La phrase déplace le sujet. Tant que l'élévation du niveau marin reste un scénario pour la fin du siècle, elle relève du débat. Quand elle devient une réalité observable sur un territoire, elle devient une question de gestion.
La Manche est un département presque entièrement littoral. Presqu'île du Cotentin, baie des Veys, côte ouest exposée aux vents dominants, marais rétro-littoraux dont le fonctionnement dépend d'un équilibre permanent entre eau douce et eau salée : le trait de côte n'y est pas une ligne au bord de la carte, c'est une structure qui organise le territoire tout entier.
Ce constat n'a rien d'abstrait pour les élus locaux. Il se traduit en décisions concrètes sur les ouvrages, les documents d'urbanisme, les accès, les réseaux et les usages agricoles.
Transformer l'angoisse en capacité d'agir
« Alors ensemble, on va faire en sorte que ce ne soit pas une angoisse. »
C'est peut-être la phrase la plus politique de l'intervention. Le risque littoral produit de l'inquiétude, et l'inquiétude produit deux réactions également stériles : la sidération, ou le déni.
Le rôle d'une collectivité est précisément de sortir de ce face-à-face. Nommer le risque, le documenter, l'expliquer, puis proposer un cadre dans lequel il devient traitable. L'angoisse naît du sentiment de subir seul un phénomène qui dépasse l'échelle individuelle. Elle recule dès lors qu'un collectif organisé prend le sujet en charge.
Il ne s'agit donc pas de rassurer à bon compte, mais de faire passer le territoire du statut de spectateur à celui d'acteur.
La gestion du risque n'est pas une affaire individuelle
« La gestion des risques, ça ne peut pas être une démarche individuelle. C'est forcément une démarche collective. »
Sur le littoral, cette affirmation est presque une évidence technique. Un propriétaire qui conforte seul son mur de clôture ne protège rien s'il déplace la contrainte chez son voisin. Une commune qui rehausse une digue sans concertation reporte le problème sur la commune suivante. Un réseau hydraulique de marais ne se gère pas parcelle par parcelle.
Les risques littoraux relèvent de systèmes : systèmes hydrauliques, systèmes d'ouvrages, systèmes de solidarité financière. Ils appellent donc des réponses construites entre communes, intercommunalités, département, État, gestionnaires d'espaces naturels, agriculteurs et habitants.
C'est aussi ce qui rend le sujet difficile. Une démarche collective suppose de la gouvernance, du temps long et une capacité à arbitrer entre des intérêts qui ne coïncident pas toujours.
« Habiter le territoire demain » : rester, et s'adapter
« Il s'agit bien de ça : non pas de quitter le territoire parce que la mer monte, mais de trouver ensemble des solutions. »
L'objectif est posé sans ambiguïté. La question n'est pas de savoir si l'on part, mais comment l'on continue d'habiter.
Ce cadrage change les questions que l'on se pose. On ne cherche plus seulement à mesurer une menace, on cherche à identifier ce qui permet de rester : quels ouvrages entretenir, quels usages faire évoluer, quelles activités préserver, quelles constructions concevoir autrement, quelles zones penser différemment.
Valérie Nouvel ne minimise pas la difficulté. « Et ça, c'est exigeant. » L'exigence est bien là : maintenir l'habitabilité d'un territoire soumis à des dynamiques qui, elles, ne se négocient pas.
Le littoral ne s'arrête pas au trait de côte
« Ça demande de travailler dans le littoral, mais aussi en rétro-littoral. »
C'est un point technique décisif, et souvent absent du débat public. Les effets de la montée des eaux ne s'arrêtent pas à la première rangée de maisons face à la mer.
En arrière du cordon dunaire, les marais, les terres agricoles, les réseaux de drainage et les nappes souterraines encaissent des effets moins spectaculaires mais tout aussi structurants : difficultés d'évacuation des eaux, remontée du biseau salé, modification des périodes de submersion, évolution des usages agricoles.
Dans le Cotentin, cette continuité entre la mer et l'arrière-pays est particulièrement lisible. Elle impose de raisonner à l'échelle du bassin versant plutôt qu'à celle de la commune côtière, et de faire travailler ensemble des acteurs qui ne se croisent pas spontanément.
Un colloque pour faire se rencontrer ceux qui construisent les solutions
« Nous avons besoin d'événements comme le colloque qui va se tenir dans la Manche. C'est l'endroit idéal pour faire se rencontrer l'ensemble des acteurs qui peuvent contribuer à faire émerger ces solutions pour demain. »
C'est exactement la raison d'être du Colloque International Risques Littoraux. Chercheurs, élus, techniciens de collectivités, juristes, assureurs, gestionnaires d'espaces naturels, agriculteurs et professionnels de l'aménagement travaillent aujourd'hui sur le même sujet, mais rarement dans la même pièce.
Trois jours de conférences, de tables rondes et de terrain pour confronter les approches, partager les retours d'expérience et repartir avec des solutions applicables.
Si vous êtes élu, technicien de collectivité, gestionnaire d'espaces naturels, agriculteur, chercheur ou professionnel concerné par l'avenir des territoires littoraux, rejoignez-nous du 13 au 15 octobre 2026 à Carentan-les-Marais pour contribuer à ce débat essentiel.
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